J'ai analysé 30 outils de brand safety. Voici le mauvais KPI qu'ils vendent tous.

Chaque argumentaire de vente se ressemble : ça va vous faire économiser des heures. Après avoir assisté à 30 démos, je ne pense pas que ce soit l'argument qui devrait l'emporter.

Marylyna Larrivée-Petrucci

Général

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Chaque argumentaire de vente d’un outil de brand safety finit par la même ligne : ça va vous faire économiser des heures. Je ne pense pas que ce soit la bonne façon de justifier l’investissement. Le vrai argument pour ces outils, ce n’est pas l’efficacité. C’est le risque que vous portiez sans le savoir.


Le discours de vente, toujours le même

J’ai assisté à beaucoup de démos cette année. Différents logos, même argumentaire de base : votre équipe passe X heures par semaine à vérifier manuellement le contenu des influenceurs, notre outil le fait en quelques minutes, voici votre retour sur investissement.

C’est un argumentaire valable. Il repose aussi sur un chiffre qui n’existe pas vraiment, parce qu’il suppose qu’une marque faisait déjà ce travail à la main, juste plus lentement. Une vérification complète de cinq ans d’historique de contenu, sur toutes les plateformes, pour chaque influenceur d’un programme, n’a jamais été une tâche manuelle réaliste. La plupart des équipes faisaient un survol rapide des publications récentes et appelaient ça de la vérification. D'ailleurs, selon un sondage d'EMARKETER et Viral Nation, plus de la moitié des spécialistes en marketing passent 30 minutes ou moins à vérifier un seul influenceur. On ne peut pas économiser du temps sur un travail qui ne se faisait pas.


Ce que vous payez, en réalité

Ce que ces outils vous donnent, c'est une couverture que vous n'aviez pas avant. Un vrai regard sur des années de contenu, fait de façon constante, plutôt que chaque fois que quelqu'un pense à vérifier. Le vrai gain, ce n'est pas la vitesse. C'est la rigueur, pour la première fois.

Voici ce que cet écart coûte réellement quand personne ne le détecte.


Ce qui arrive quand personne ne le voit venir

Pendant la saison 7 de Love Island USA en 2025, la candidate Cierra Ortega a été retirée de la villa après que d’anciennes publications de 2015 et 2020 aient refait surface, dans lesquelles elle utilisait une insulte raciste. Ces publications étaient publiques depuis cinq à dix ans avant que quelqu’un ne les remarque.

Je dois avouer que j’adore la téléréalité, alors ce genre de pattern a tout de suite attiré mon attention. Ce n’est pas un cas isolé. La même émission a retiré une candidate en raison d’anciennes publications qui ont refait surface, quatre fois en deux saisons : Yulissa Escobar, Cierra Ortega, Vasana Montgomery et Alannah Keyser. Toutes recrutées, toutes découvertes après coup, par les téléspectateurs, pas par le processus de vérification. La téléréalité crée un nouveau lot d’influenceurs payés à chaque saison, et la vérification manque toujours le même genre de chose : du contenu public qui était là depuis le début.

Rien de tout ça n’était nouveau. Une vérification de base de l’historique de contenu, le genre que ces outils sont conçus pour faire, aurait fait ressortir tout ça avant le recrutement, pas en plein milieu d’une saison, devant un public mondial.

C’est le véritable mode d’échec, et ce n’est clairement pas un cas isolé. Ce n’est pas souvent une personne qui fait quelque chose de mal en plein partenariat, mais plutôt une organisation qui apprend du public ce qu’une bonne vérification aurait dû trouver elle-même, des années plus tôt. Les conséquences ne restent d’ailleurs pas confinées à une seule émission : chacune de ces personnes se dirige ensuite vers une carrière bâtie sur des ententes de marque, exactement le genre de carrière que cette catégorie de risque est censée protéger.


Préparez vos critères avant la première démo

Voici une façon concrète de se protéger de cet argumentaire dès le départ. Avant même ma première démo avec un fournisseur, j’ai bâti une grille de critères, ce qui comptait vraiment, pas ce que la page d’accueil d’un fournisseur prétendait important. Des alertes en temps réel. La capacité d’exporter et d’importer des données. Un accès API. Jusqu’où la plateforme pouvait réellement remonter dans l’historique. Si elle couvrait les plateformes où les influenceurs du programme étaient réellement actifs.

Cette grille n’est pas sortie de nulle part. Tout a commencé par des séances de cas d’usage avec l’équipe élargie, en passant à travers les scénarios réels que je voulais qu’un outil couvre, puis en transformant ça en questions de présélection et en grille de pointage pondérée selon ce qui comptait le plus pour ces cas d’usage. Ensuite, il y a eu les appels de démonstration, pour voir si un outil faisait vraiment ce qu’il promettait sur papier, pas seulement ce que le site web disait. J’ai aussi passé en revue les avis et commentaires disponibles en ligne pour chaque fournisseur, pour voir si le discours tenait la route pour les gens qui les avaient réellement utilisés. Et j'ai fait des entrevues individuelles avec d'autres marques, pour vérifier si les promesses des fournisseurs se confirmaient une fois sur le terrain.

Une fois tout ça noté, j’avais un vrai chiffre pour chaque fournisseur, pas juste une impression, et c’est comme ça que j’ai obtenu un top 5 final à amener en appel d’offres.

Si vous arrivez à une démo sans cette liste, vous évaluez la version du fournisseur de ce qui compte. Si vous arrivez avec la vôtre, vous évaluez s’il fait vraiment ce dont vous avez besoin, pas ce qu’il essaie de vendre.


Alors, c'est quoi le vrai KPI

Le retour, ce n’est pas la rapidité. C’est un niveau de rigueur qui n’existait pas avant, sur des relations qui peuvent s’effondrer du jour au lendemain si ça tourne mal. C’est un dossier de gestion de risque, évalué contre le coût de ce que vous essayez d’éviter, pas un dossier d’efficacité évalué contre une ligne de main-d’œuvre qui n’a jamais vraiment existé.

La vraie question, ce n’est pas combien d’heures ça fait économiser à votre équipe. C’est si vous découvrez le risque maintenant, selon vos propres termes, ou si vous le découvrez plus tard, par le public, une fois l’entente déjà signée. Je sais de quel côté je préfère être.


Sources : Sondage d'EMARKETER et Viral Nation sur les pratiques de vérification des influenceurs, via le FAQ 2026 sur la sécurité de marque d'eMarketer. Retrait de Cierra Ortega de Love Island USA, rapporté par Rolling Stone, juillet 2025. Schéma des retraits de candidates (Yulissa Escobar, Vasana Montgomery, Alannah Keyser) rapporté par Variety, The Daily Beast et TVLine, 2025-2026.


Rédigé par

Marylyna Larrivée-Petrucci, directrice principale, numérique chez Manoeuvre et cofondatrice de Magellan Labs.